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C’est le concept employé par Luttwak dans turbo-capitalisme pour décrire la lutte à laquelle se livrent les grandes puissances aujourd’hui. C’est une guerre par d’autres moyens, mais qui se livre entre des Etats ayant écarté la guerre comme moyen de trancher leurs rivalités. C’est la grande différence entre la géoéconomie et l’ancien mercantilisme, où les conflits commerciaux étaient fréquemment arbitrés par le canon. Il suffit de penser aux rivalités entre l’Angleterre, l’Espagne et les Pays Bas aux XVIe et XVIIe siècles.

L’autre grande différence réside dans le fait que si le mercantilisme avait pour but de maximiser les rentrées d’or en encourageant les exportations et en décourageant les importations, la géoéconomie a pour but d’accaparer le maximum d’emplois qualifiés dans les industries et les services à haute valeur ajoutée. Le mercantilisme, s’il était un phénomène économique, avait des finalités strictement politiques : l’or permettait de payer les troupes, et de conforter le pouvoir politique du souverain.

La géoéconomie est inefficace par rapport au marché libre : le conflit Airbus/Boeing à coup de subventions est absurde par exemple, mais les deux sociétés permettent d’employer des milliers de techniciens, d’ingénieurs et de scientifiques.

La guerre aussi était une mauvaise affaire, mais aussi longtemps qu’elle dominait l’ordre du Monde, y participer était obligatoire sous peine de sujétion, voir d’annihilation. La géoéconomie a de beaux jours devant elle, même si elle risque de fragmenter le Monde en blocs commerciaux rivaux.

On nuancera le propos de Luttwak en rappelant que dans le cas de la Chine, dont la monnaie est inconvertible et qui préfère accumuler des devises que de se soucier de la rentabilité de ses entreprises, la distinction mercantilisme/géoéconomie est singulièrement floue.

via SDX